Qui est sainte Hildegarde?

Hildegarde_petiteHildegarde de Bingen a vécu au XIIe siècle en Allemagne, dans la région de Rhénanie. Venue au monde en 1098 et née au ciel le 17 septembre 1179, son existence se déroule dans un siècle troublé : en Europe, l’empereur du Saint Empire et la papauté se disputent la suprématie en matière politique, cependant que de nombreux évêques et abbés se soucient davantage du pouvoir et de l’argent que du salut de leurs ouailles. C’est l’époque des Croisades et de la répression sanglante des hérésies.

Tout au long de sa vie, Hildegarde est souvent très souffrante et contrainte de s’aliter, ce qui ne l’a pas empêchée d’effectuer un travail aussi remarquable que considérable. Elle a environ 17 ans lorsqu’elle prend le voile à l’abbaye du (mont) Disibodenberg où elle sera élue abbesse à 38 ans. Elle fonde et dirige deux autres monastères (Rupertsberg et Eibingen). À un âge avancé, bravant la fatigue et les difficultés, elle entreprend quatre voyages afin de prêcher aux communautés religieuses et au peuple, admonestant et exhortant chacun à se convertir, fait exceptionnel pour l’époque.

Hildegarde de Bingen est aussi une visionnaire au sens propre du terme; elle écrit au sujet de ce don permanent : «Lors de ma prime constitution, tandis que Dieu m’insufflait la vie dans le sein de ma mère, il imprima cette vision en mon âme». Il lui est donné de voir et d’entendre jusqu’au terme de son existence une foule de choses qu’elle ne perçoit point avec les yeux ni avec les oreilles du corps : «Je les vois bien plutôt en mon âme, tout en ayant les yeux ouverts, de sorte que jamais je ne suis ravie en extase, et je perçois ainsi ces choses à l’état de veille, de jour comme de nuit».

Hildegarde commence à consigner ses visions en latin à partir de sa quarante-deuxième année; elle en rend compte principalement dans trois ouvrages : le Scivias («Connais les voies du Seigneur»), le Liber Vitae Meritorum («Livre des mérites de vie») et le Liber Divinorum Operum («Livres des œuvres divines»). Elle a généralement transcrit ses visions dans de nombreuses lettres, dans une œuvre musicale et dans des chants, dans des ouvrages mineurs et surtout dans un traité de médecine.

De ce traité, dont nous ne possédons pas l’original, deux parties nous sont parvenues par le biais de manuscrits des XIIIe et XVe siècles. L’une de ces parties est connue aujourd’hui sous le nom de Causae et Curae («Des origines et du traitement des maladies»), l’autre sous celui de Physica («Livre des subtilités des créatures divines»).  Ce dernier ouvrage décrit les vertus curatives de quelque 500 plantes, arbres, animaux terrestres, oiseaux, poissons  et minéraux.

Certains peuvent être étonnés à l’idée qu’Hildegarde de Bingen ait pu avoir par des visons (données par Dieu) des recommandations concrètes sur la sustentation et la santé du corps, croyant que Dieu ne s’intéresse pas à nos petits problèmes ici-bas. Pourtant, il nous a dit que pas un cheveu de notre tête ne tombe sans qu’il ne le sache. En lisant les Évangiles, on réalise que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, s’est incarné afin de venir nous annoncer la Bonne Nouvelle du salut, de la Rédemption qu’il nous a apportée en mourant sur la Croix, et qu’il a aussi guéri d’innombrables malades, chassé les démons et conféré ce même pouvoir à ses apôtres et à leurs successeurs.

Dans toutes ses œuvres, Hildegarde évoque l’histoire du salut de l’humanité, au ciel et sur la terre. L’un des chants visionnaires est dédié à «Maria, mater sanctae medicinae», soit à Marie, Mère de la sainte médecine ou du saint remède, qui est, en fait, l’Eucharistie. Et cette idée-maîtresse traverse l’œuvre entière d’Hildegarde : «La miséricorde divine est sans bornes, elle est infinie, l’homme est libre toutefois de se fermer à Dieu» (Scivias).

Hildegarde de Bingen n’a jamais été solennellement proclamée sainte. Mais Jean-Paul II a écrit sur elle et maintenant Benoît XVI en disant qu’elle est une des patronnes de l’Allemagne. Dans une des chapelles de la basilique de Lisieux, elle figure comme sainte patronne de l’Allemagne.

Il est intéressant d’apprendre qu’Hildegarde avait reçu du Seigneur le don de guérison. Après sa mort, l’évêque de Mayence s’est déplacé en personne sur sa tombe pour lui interdire de continuer à faire des miracles et elle a obéi.  Les miracles se sont arrêtés jusqu’au siècle dernier où un autre évêque de Mayence lui a rendu la liberté de guérir.

Source principale : L’épeautre gourmand : les meilleures recettes de la cuisine hildegardienne, éditions Résiac.